Réponse Espèces ! D'après les données morphologiques, génétiques et biogéographiques.
Il existe de nombreux concepts d’espèces dans la littérature, le plus connu étant le concept biologique de l’espèce (BSC). Celui-ci stipule qu’une espèce est un ensemble d’individus qui peuvent se reproduire entre eux et engendrer une descendance viable et féconde. Mais cette définition se heurte à de nombreux problèmes (espèces fossiles, espèces rares, etc.). D’autres concepts d’espèce sont utilisés : phylogénétique (PSC), reconnaissance, écologique, etc. On compte plus de 20 concepts différents d’espèces aujourd’hui (Mayden, 1997), certains se contredisant et participant au flou général derrière ce terme pourtant central en taxonomie.
Nous considérons ici que ce problème est en réalité résolu depuis 1998, puis reconfirmé en 2007, avec la publication de deux articles de De Queiroz. Ces articles font la différence entre la définition théorique du concept d’espèce, appelé le Lineage concept of species, et les critères pratiques utilisés pour délimiter deux espèces. L’auteur considère deux individus comme appartenant à des espèces distinctes si le réseau généalogique qui les unit montre une structure faisant intervenir une spéciation. Une espèce est donc une lignée d’individus qui évolue indépendamment d’autres lignées d’individus dans le réseau généalogique. Ainsi pour savoir si deux individus font partie de la même espèce, il suffit, en théorie, de vérifier leur généalogie ; or, ceci est impossible dans la pratique. C’est là qu’interviennent les concepts d’espèces cités précédemment qui, pour De Queiroz, sont en réalité des critères pratiques qui permettent de dire si deux individus font partie de la même espèce.
De Queiroz explique également que lorsque l’évènement de spéciation n’est pas assez long, le réseau généalogique n’est pas encore totalement résolu. Une deuxième branche émerge du réseau, mais il est difficile de savoir si les individus de cette branche vont continuer à évoluer indépendamment de la branche principale ou s’il y aurait, à un moment, la réunification des deux branches. C’est ce que De Queiroz appelle la zone grise : un moment de flou évolutif où il est difficile de trancher en faveur du fait qu’il y a deux espèces distinctes ou une seule ; seul le futur nous le dira.
Dans ce cas, il n’y a pas de recette miracle, et seuls les critères d’espèces vont pouvoir nous aider à trancher en faveur de la première hypothèse ou de la seconde. Une méthode scientifique rigoureuse pour délimiter les espèces dans ce type de cas, est d’accumuler les critères d’espèce pour prendre une décision selon la congruence des résultats de ces critères. Cette méthode s’appelle la taxonomie intégrative. C’est ce qui a été utilisé par les chercheurs qui ont découvert ces nouvelles espèces de poissons (confondus jusque-là avec d’autres) en combinant à la fois des résultats obtenus sur des données génétiques, morphologiques et biogéographiques (application de trois critères d’espèces). Les chercheurs ont donc choisi l’hypothèse qui semblait la plus probable, une branche distincte dans le réseau généalogique, autrement dit, des nouvelles espèces, au vu des preuves actuelles. Malgré le fait que certaines de ces espèces endémiques des bassins de l’Adour et de la Garonne peuvent s’hybrider avec d’autres espèces et avoir une descendance fertile, les autres critères ont tendance à prouver que sans l’intervention de l’Homme les branches généalogiques n’avaient aucune raison de se reformer dans le futur et on serait probablement arrivé à un isolement reproducteur. Il y a donc toutes les raisons de penser que ce sont bien toutes des espèces distinctes.
En restant dans le contexte de De Queiroz, les sous-espèces ne sont que des groupes d’individus qui ont des relations généalogiques rares avec les autres individus de la même espèce ; suffisamment rares pour que des divergences (morphologiques, génétiques, etc. ) apparaissent. Ici, les espèces décrites après révisions taxonomiques sont bien des espèces distinctes de celles avec lesquelles elles étaient confondues.